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Compte-rendus

Publié le par Murielle Compère-DEMarcy (alias MCDem)

Exposition Ro[bots] à l’Espace Legendre de Compiègne

Du 25 mars au 17 avril se tient à Compiègne l’exposition Ro[bots], dans le cadre du Festival Les composites mettant en scène les arts vivants, les arts visuels et les arts numériques.

Une dizaine d’artistes et d’écrivains ont ici rassemblé leurs espaces de création autour du robot, vu de différents points de vue, à la fois scientifique, technique, technologique, et artistique, en traversant les différentes périodes de sa conception à ses présences contemporaines, modelé par ses applications réelles ou ses déclinaisons dans l’imaginaire.

Le robot constitue une invention de l’art, de la littérature, de la science et de la technologie, et sa présence multiforme investit notre quotidien, de manière invisible ou plus manifeste. C’est cet éventail d’une présence plurielle et sensible, que nous donne à voir l’exposition, tout en sollicitant une réflexion chez le spectateur et en se déployant dans une interactivité qui interpelle en même temps qu’elle déroute.

Codé informatiquement, créature dialoguant avec son créateur, en lien avec l’écriture, intervenant dans les savoirs humains et dans les relations humaines, Ro[bots] montre comment les artistes s’emparent de ces machines parlantes pour explorer leur écriture, pour les déjouer en les détournant ; pour imaginer de nouvelles relations entre l’être humain et la machine. Zoom sur des robots acteurs.

De la question de la nature de la communication entre un robot et un être humain, posée par ce programme conversationnel (appelé DIALECTOR) créé par le cinéaste-réalisateur de La Jetée, Sans Soleil, Le Joli Mai et artiste numérique Chris Marker ; de la question de la pertinence et de la présence intrusive des robots informationnels utilisés par Google ; de la pratique d’un art numérique utilisant Internet comme matériau de création, en en détournant parfois les cheminements logiques pour nous introduire dans une logique maîtrisée de l’aléatoire intuitif et créatif que l’on pourrait peut-être qualifier de surréelle (cf. intrusion dans les coulisses du moteur de recherche, via le Knowledge Graph de Google) – de tout cela il est question dans cet espace dédié aux robots.

La machine à remontrer le temps simule, elle, par une image en 3D, le temps moyen qu’il faisait à une date donnée indiquée par le visiteur à une machine (installation interactive d’’un simulateur météorologique audiovisuel), de 1949 à aujourd’hui dans la région de Compiègne. Plus de 356 000 informations sont ainsi survolées par la machine à chacune de ses utilisations, une base de données historiques fournie par Météo France.

Les artistes transmédia interpellent et déroutent également, entre ceux qui branchent des légumes vivants sur des ordinateurs, en tenant des bars à jus d’oranges informées, ceux qui tiennent des conférences sur les politiques culturelles du futur,…

La Mot-duze, installation vidéo interactive, donne la possibilité d’animer en temps réel une créature semi-vivante, un animal virtuel composée de lettres et de mots qui flottent jusqu’à tourbillonner sur un écran.

Quant aux cyborgs, toucher les photos numériques interactives, donne à voir papillon et lumières…

Une vidéo donnant à découvrir les effets dur le public de l’utilisation du code informatique de Human Browser laisse songeur et sert à sourire avec ses clins d’œil à notre environnement sociétal relationnel. Grâce à son casque audio, un comédien entend une voix de synthèse qui lit un flux textuel provenant du Web en temps réel. Le comédien interprète le texte qu’il entend. Ce flux textuel est capté par un programme (installé sur un portable WI-FI) qui détourne Google de ses fonctions utilitaires. En fonction du contexte dans lequel se trouve l’acteur, des mots-clés sont envoyés au programme (grâce à un PDA Wifi) et utilisés comme input dans Google, de sorte que le flux textuel est toujours lié au contexte. Les effets sur les spectateurs sont incontestables et parfois irrésistibles.

Toutes ces installations déroutent mais dans tous les cas questionnent le spectateur.

Une belle métaphore de notre environnement contextuel. Des univers de cyberculture imaginaire qui rappellent ceux de Philip K. Dick, d’Isaac Asimov, les films de Ridley Scott, de George Lucas, de Stanley Kubrick, de Chris Marker…

Une plongée dans des mondes de langages construits au croisement de l’électronique, de la mécanique et du code informatique, de créatures (les robots) imaginées par des créateurs, êtres d’écriture et de langage. Qui est l’avatar de qui ?

N’oublions pas que l'exposition Ro[bots] s'inscrit dans le festival Les Composites, qui regroupe d'autres événements comme des spectacles. Le prochain aura lieu le mercredi 16 avril à 16 heures, avec '' Raoul Pêques et la vaisselle de sept ans'', une pièce de théâtre agrémentée d'arts numériques. L'exposition, elle, se terminera le 17 avril.

M©Dĕm.

(Murielle Compère-DEMarcy)

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